Les artristes

Une fois tous les vingt ans
Il nous en arrive un
Débarqué du printemps
Emergeant du ravin

Venu pousser son cri
À nul autre pareil
Venu par ses écrits
Défier le soleil

Maçons au triste sort
Ils font des châteaux d'sable
Que la marée dévore
Imperturbable

De leurs longs doigts de poulpes
Ils projettent leur encre
Dans l'océan de soupe
Des chansons compte en banque

Leurs corbeilles à papiers
Débordent des vestiges
De vers de dix-sept pieds
Que personne ne corrige

Ils n’ont pas d’aptitude
À ne se contenter
Que de nos habitudes
De terriens appliqués

Pires que des sales gamins
Au destin peu enviable
Ils s’imbibent d'humain
À s’en rendre imbuvables

Ils vivent à fleur de peau
Mais sont foutus de dire
Que la peau c’t’encore trop
Alors ils se déchirent

Ils se sortent les yeux
Se mettent le cœur à vif
Pour sentir encore mieux
Le moindre coup de griffe

Qu’importe les substances
Dont chacun d’eux se charge
Quand ils sont en partance
Pour de si beaux voyages

Il faut laisser la nuit
Les guider par la main
Jusqu’aux perles inouïes
Qu’ils ramènent au matin

Car c’est pour nous qu’ils partent
Plus loin qu’on n’ose rêver
Pour là où on n’va pas
Nous qui restons rivés

Ils s'en vont à l'assaut
De nos pauvres chimères
Et cueillent au lasso
De beaux serpents de mer

On ne peut pas les suivre
Sans y laisser de plumes
Sans un peu se détruire
À travers le costume

On ne peut seulement
Que les apprivoiser
Pour de petits moments
Vaguement scénarisés

C'est pas des Dieu le fils
Hyper-médiatisés
Et leurs vains sacrifices
Sont pas surexposés

Pourtant, il faut les écouter
Les visions de Gaston Couté
Contempler à jamais
Les grimaces de Bernard Dimey
Accueillir dans nos draps
L’insomnie d’Barbara
Abriter sous sa veste
Les peurs d’Allain Leprest
Tirer jusqu’aux étoiles
Les mains d’Loïc Lantoine

Sans eux sans leur grande gueule
On s’retrouv’rait bien seuls
Tout petits lézards tristes
Amputés d’nos artistes