Météo

Cet hiver qui s’attarde
Délave les couleurs
Les rend un peu plus fades
Même aux plus claires heures

Quel est ce mal vorace
Qui se sert avant toi
Laissant sur la carcasse
Les miettes de nos joies
Tu le tiens à distance
Il t’accompagne
Impose des silences
Comme des montagnes

Mauvais chasseur de prime
Il jette son dévolu
Sur nos plus belles rimes
Sur tout ce qui nous plut

Tes fossettes au visage
Le vilain charançon
Les a prises en otage
Sans fixer la rançon
Confisque tes envies
Jusqu’à nouvel ordre
Tout ce qui nous ravit
Il s’amuse à le mordre

Ta météo des plages
Annonce vague à l’âme
Pour toucher ton rivage
Faudra sortir les rames

À grands coups d’à quoi bon
Il a su te séduire
Ses piqures de bourdon
Font de ta peau du cuir

Dois-je attaquer la bête
Et jouer les Hercule
Et la combattre avec
Mes armes ridicules
Mes minables sarcasmes
Ne pourront l’empêcher
De jouer de son charme
Et même de t’enlacer

Chaque fois que je l’observe
Elle s’enroule à ton corps
Te bâillonne les lèvres
Et serre encore plus fort

Voilà qu’elle s’insinue
Dans les plis de nos draps
Se blottit toute nue

Entre toi et moi
Va-t-on se résigner
À ce ménage à trois
Et dormir éloignés
Chacun son côté froid

Ta météo des plages
Annonce vague à l’âme
Pour toucher ton rivage
Faudra sortir les rames

Qu’on ne vienne pas me dire
Que t’as besoin d’vacances
Le repos multispire
Te serait une offense

Ne venez pas m’faire croire
Qu’une petite molécule
Règlerait cette histoire
En deux ou trois pilules

On va s’armer d’patience
Verrouiller la maison
Calculer nos distances
Et scruter l’horizon

Chacun dans son fauteuil
Guetter les éclaircies
Et leur faire des clins d’œil
Pour qu’elles s’arrêtent ici

On r’gardera sécher
La buée aux carreaux
À s’en faire loucher
À s’en rendre miro

Pour être les premiers
Même un peu en avance
À pouvoir annoncer
Le retour du printemps