La femme du notaire

La femme du notaire
C’est elle qui prend ses rendez-vous
La femme du notaire
Bien volontiers elle se dévoue
Décore la salle d’attente, comme une châtelaine
Meubles anciens, bouquets séchés, et porcelaine

La femme du notaire
Trouve la province un peu trop rude
La femme du notaire
Voudrait reprendre des études
Avoir d’la répartie, dans les conversations
Tout en servant, dans les whiskies, quelques glaçons
Ou bien ce s’rait sympa, faire du bénévolat
À moins qu’elle ouvre une officine de chocolats

La femme du notaire
Rêve qu’à la Saint Valentin
Son mari le notaire
Lui dira je t’emmène loin
Mets trois tenues d’été, dans un sac de voyage
Ferme les yeux, jusqu’au moment d’l’atterrissage

La femme du notaire
Aimerait tant sortir un peu
En femme du notaire
Au bras de son mari joyeux
La saison culturelle a l’air si éclectique
Des comédies, de l’opérette, et même du cirque
Mais quand on est notaire on est trop prisonnier
De ses clients, de ses horaires, de son banquier

La femme du notaire
Voudrait confier ses états d’âme
De femme de notaire
À sa bonne, qu’on s’parle entre femmes
Essaie d’la tutoyer, l’invite à boire un thé
L’autre est rétive, et se raidit, quelle empotée

La femme du notaire
Dans son jardin donne des fêtes
La femme du notaire
Au bout d’une heure déjà pompette
Se laisse un peu aller à chanter des bêtises
Dit qu’elle s’en fout, mais sait très bien, c’que les gens disent
Les amis, les collègues, détournent le regard
Et se retrouvent, pour ne rien voir, autour du bar

La femme du notaire
C’t’hiver a trompé son mari
La femme du notaire
Aurait aimé voir son dépit
Oui mais ce brave monsieur, n’en a pas eu soupçon
Ni embarras, ni jalousie, alors à quoi bon

La femme du notaire
Pourrait bien un jour se venger
De Monsieur le notaire
Et de ses maisons en viager
Un accident de chasse, c’est un peu salissant
Elle trouv’ra bien, un procédé plus amusant
Le déshéritera, empoisonn’ra son ch’val
Ou s’présent’ra contre sa liste, aux cantonales

Y’aura pas d’chute spectaculaire
On la ramass’ra pas en tas
Au pied d’une falaise calcaire
Tout près de Dieppe ou d’Etretat

Y’aura pas d’coup de revolver
De coup d’épaule dans l’escalier
D’empoissonnement à la Flaubert
Ni de malencontreux croche pied

Elle finira veuve du notaire
Passant les mois d’hiver à Nice
Courtisée par deux antiquaires
Sous un grand chapeau vert anis